Collections & Patrimoine
Un Patrimoine Maritime Exceptionnel
Explorez l'histoire, les traditions et les savoir-faire qui font de Belo sur Mer un lieu unique au monde
Un projet muséographique innovant au service du patrimoine maritime
Le Musée/Écomusée de Belo sur Mer se distingue par son approche unique qui combine conservation patrimoniale et valorisation des pratiques vivantes. Contrairement aux musées traditionnels, notre écomusée s'ancre dans le territoire même de Belo sur Mer, intégrant les chantiers navals actifs, la lagune et les communautés Vezo dans son parcours muséographique.
Cette plateforme numérique constitue la première étape d'un projet plus vaste qui verra l'aménagement d'une maison traditionnelle en espace d'exposition permanent, complété par des circuits de visite in situ des chantiers navals, de la lagune et des sites culturels vezo.
Le musée se construit en étroite collaboration avec les communautés locales, les maîtres charpentiers et les pêcheurs vezo. Cette démarche participative garantit l'authenticité des contenus présentés et assure que le patrimoine reste vivant, transmis et valorisé par ceux qui le font vivre au quotidien.
Les témoignages oraux, les démonstrations de savoir-faire et les récits de vie constituent le cœur de notre approche muséographique, donnant la parole aux véritables gardiens de ce patrimoine exceptionnel.
Notre ambition est de faire reconnaître Belo sur Mer comme un site patrimonial d'importance mondiale, au même titre que les grands centres de construction navale traditionnelle.
Plus d'un siècle de tradition maritime et de construction navale artisanale
Arrivée des frères Joachim, Ludovic et Albert, charpentiers de marine réunionnais qui s'installent dans la région de Morondava. Albert Joachim obtient du gouverneur Galliéni des subventions pour former des charpentiers malgaches, créant ainsi une école de charpenterie qui marquera le début de la tradition goélettière à Belo sur Mer.
Cette formation initiale pose les fondations d'un savoir-faire qui se transmettra ensuite de père en fils pendant plus d'un siècle.
Période de développement intense de la construction navale à Belo sur Mer. Les techniques enseignées par l'école Joachim se transmettent de génération en génération, créant une véritable dynastie de maîtres charpentiers. Les goélettes construites à Belo commencent à sillonner toute la côte ouest de Madagascar, de Tuléar à Majunga.
L'apprentissage se fait désormais par transmission familiale : le jeune apprenti grandit au milieu des chantiers, observe, puis participe progressivement aux différentes étapes de construction sous la supervision de son père ou d'un maître charpentier de la famille.
Apogée de l'activité goélettière. Les chantiers de Belo sur Mer produisent des dizaines de boutres et goélettes chaque année. Ces embarcations à voile assurent le transport de marchandises essentielles (sel, sucre, produits agricoles) sur toute la côte ouest.
La communauté Vezo connaît une prospérité économique importante. Posséder une goélette devient un symbole de réussite sociale. Chaque famille rêve d'entreprendre la construction de sa propre embarcation, et une véritable émulation se développe au sein des jeunes adultes.
Face à la concurrence des caboteurs métalliques et au développement des axes routiers, l'activité goélettière connaît des difficultés. Les deux guerres mondiales avaient déjà entravé le développement, et la deuxième moitié du XXe siècle voit l'arrivée de moyens de transport plus modernes.
Cependant, la dégradation progressive du réseau routier malgache depuis les années 1980, combinée au faible tirant d'eau des goélettes qui leur permet d'accéder aux ports les plus envasés, leur maintient un rôle économique important. La navigation à voile trouve ainsi une nouvelle place dans le contexte économique malgache.
Belo sur Mer demeure l'un des derniers centres majeurs de construction navale traditionnelle à voile dans l'océan Indien. On compte une quinzaine de chantiers actifs où se perpétuent les techniques ancestrales sans aucune modification majeure des méthodes traditionnelles.
Le renouveau de la pêche commerciale (holothuries, crabes, poissons) et l'extension programmée des salines de Belo offrent de nouvelles opportunités pour le transport maritime. La reconnaissance patrimoniale internationale s'affirme progressivement, avec la création de ce musée et l'intérêt croissant de la communauté scientifique et touristique mondiale.
Un savoir-faire ancestral transmis oralement depuis plus d'un siècle
Documentaire complet sur les étapes de construction d'une goélette traditionnelle à Belo sur Mer
Le terme "boutre" (botry en malgache) désigne communément tous les voiliers de commerce sur la côte ouest de Madagascar. Ces bâtiments non pontés, sauf aux extrémités, sont équipés d'un gréement de voile dite arabe.
La goélette représente l'évolution la plus sophistiquée : entièrement pontée, avec deux mâts, capable de naviguer sur de grandes distances jusqu'au nord de Madagascar.
Leur faible tirant d'eau leur permet d'accéder à tous les ports de la côte ouest, même les plus envasés.
Chaque essence est sélectionnée pour ses propriétés spécifiques, témoignant d'une connaissance intime de la forêt malgache :
Une goélette nécessite environ une année de travail continu. Pour les familles modestes, ce processus peut s'étendre sur plusieurs années.
Les techniques se transmettent exclusivement de père en fils, selon une tradition orale millénaire. Aucun plan écrit n'est utilisé : les maîtres charpentiers travaillent "à l'œil", s'appuyant sur une connaissance intime des proportions acquise depuis l'enfance.
Cette transmission intergénérationnelle préserve non seulement les gestes techniques, mais aussi tout un ensemble de savoirs liés à la sélection des bois, aux rituels de construction et à la relation spirituelle avec la mer.
Chaque chantier familial perpétue une lignée de constructeurs remontant à quatre ou cinq générations.
Au-delà de leur fonction utilitaire, les boutres et goélettes revêtent une dimension symbolique forte. Posséder une goélette représente un prestige social considérable et un rêve partagé par de nombreuses familles.
La mise à l'eau est un événement majeur qui réunit tout le village. Des rites et croyances entourent la construction : invocations ("omeo tsioke Dadilahy"), respect des fady spécifiques, et lien spirituel entre le constructeur, son embarcation et les forces de la mer.
La construction navale à Belo fait face à plusieurs défis : raréfaction de certaines essences forestières, concurrence du transport motorisé, difficultés à trouver du fret régulier, et exode des jeunes vers les villes.
Pourtant, un regain d'intérêt se manifeste depuis les années 1990–2000. Le développement de la pêche commerciale et la dégradation du réseau routier malgache offrent de nouvelles opportunités pour la navigation goélettière.
Aujourd'hui, une quinzaine de chantiers restent actifs à Belo sur Mer.
Peuple de la mer, les Vezo incarnent une identité maritime unique façonnée par des siècles de symbiose avec l'océan
Les Vezo forment des communautés de semi-nomades prédateurs de platiers coralliens, répartis sur la frange marine du sud-ouest de Madagascar. Leur identité n'est pas strictement ethnique mais géo-économique, définie par leur relation avec la mer.
Appartenant au groupe Sakalava, les Vezo se distinguent par leur mode de vie entièrement tourné vers les activités maritimes. Cette identité fluide a historiquement accueilli tous ceux fuyant les dominations royales ou les contraintes terrestres.
La pêche constitue l'activité économique centrale des Vezo : filet, hameçon, senne de mer, et pêche à pied sur les platiers. Ils collectent également holothuries, oursins, coquillages et crabes dans les mangroves.
Dès le plus jeune âge, les enfants apprennent à manier la pirogue monoxyle à balancier. Ces embarcations, creusées dans un tronc et équipées de voiles multicolores, incarnent l'âme du paysage maritime vezo.
La vie quotidienne est imprégnée de spiritualité maritime. Les pêcheurs adressent régulièrement des invocations aux ancêtres (Dadilahy) et à Zanahary pour qu'ils fassent souffler le bon vent : "omeo tsioke Dadilahy, ataovy baka afarafara ao".
Les fady (interdits) régissent de nombreux aspects de la vie maritime : certains jours sont proscrits pour prendre la mer, des rituels accompagnent chaque mise à l'eau. Le culte des ancêtres se manifeste parfois par des transes spectaculaires (trombas).
La société vezo s'organise autour de la famille étendue (efoko) et des alliances matrimoniales (longo). Les cérémonies rythment la vie communautaire : mariages, funérailles, bilo (rituels de guérison), et savatsy (circoncision).
L'habitat se caractérise par les vala, palissades rectangulaires de perches de palétuvier entourant chaque maisonnée. Ces clôtures, renouvelées tous les trois ans, créent un plan quadrillé unique donnant sa physionomie aux villages vezo.
Immersion dans le quotidien des communautés vezo de Belo sur Mer
Un écosystème unique entre mer, mangrove et tanne
La lagune de Belo-sur-Mer, presque entièrement colmatée, forme un vaste marais maritime compartimenté par des restes de cordons littoraux individualisant trois ensembles, chacun en communication avec la mer. Le chenal central, à l'embouchure duquel le village de Belo est implanté, constitue la passe principale.
La médiocrité des apports d'eau douce et une longue saison sèche entraînent la prédominance des influences marines. Les eaux ont tendance à se sursaler par évaporation, ce qui a favorisé la formation d'un vaste tanne en arrière d'une mangrove.
La lagune constitue un espace de transition intensément utilisé par la population locale, géré selon des pratiques traditionnelles durables :
Les habitants de Belo prélèvent le bois de palétuvier de manière raisonnée. Les bois morts servent de combustible, tandis que les bois verts (notamment Ceriops tagal) fournissent les perches pour les vala (clôtures caractéristiques de l'habitat vezo).
Il faut environ 20 à 30 perches pour réaliser 1 mètre de clôture, et ces perches doivent être renouvelées tous les trois ans. Malgré cette utilisation intensive, les observations montrent une régénération active de la mangrove, témoignant d'une gestion durable des ressources.